Le cobaye à l’école

On voit parfois des cochons d’Inde dans les salles de classe. Même si cela part d’une bonne intention, voire d’un projet pédagogique, cela n’est pas forcément une bonne idée.

Le cobaye en classe : une bien mauvaise idée

On pourrait penser que former les élèves à l’observation des animaux et à leur respect est une grande mission de l’Éducation Nationale. Mais les professeurs ont-ils réellement les moyens de le faire ? Sont-ils suffisamment informés ? L’Éducation Nationale leur fournit-elle les moyens financier de les laisser s’occuper d’un animal qui n’est pas considéré en tant qu’être vivant mais figure dans la liste du matériel ?

Qu’advient-il de l’animal pendant les week-ends et les vacances ? Les 20 ou 30 familles qui sont contraintes de le prendre en charge sont-elles toutes aptes à s’en occuper ? Qui paie sa nourriture ? Qui nettoie sa cage ?

En France, il n’existe aucune loi considérant la maintenance d’animaux à l’école : seulement une vague note de service datant des années 1980… Dans le site “Les Animaux à L’École”, on apprend que les fiches distribuées par l’IUFM aux enseignants sur la maintenance des animaux sont criblées d’erreurs… Et quand il est question d’aborder le thème de la reproduction “qui est très intéressant pour les élèves”, il n’est nulle part question de l’avenir des bébés

Le martyre du cobaye éducatif…
  • Le brouhaha incessant d’une salle de classe est très stressant.
  • Le cobaye est seul le soir, alors qu’il a besoin de présence constante.
  • Il est souvent maintenu seul par manque de place alors que c’est un animal grégaire.
  • Il passe de famille en famille pendant les week-ends et les vacances. C’est très néfaste à son épanouissement, car il change d’environnement sans arrêt.
  • Il est parfois l’objet de manipulations intempestives.
  • Il n’a pas le privilège de pouvoir s’attacher à un seul maître.
  • Son alimentation n’est pas forcément adaptée.
  • L’école ne dispose pas forcément du budget nécessaire pour le vétérinaire.
L’histoire de Bambi : un cas d’école

En novembre 2007, le cas d’un cochon d’Inde mort des suites de négligence dans une école du Nord de la France a suscité beaucoup d’émoi et est devenu un “cas d’école”. Petit résumé des faits…

Pendant les vacances, une maman d’élève prend en charge Bambi, le cochon d’Inde “résident” de la classe de l’école maternelle de sa fille. Elle réalise immédiatement qu’il ne s’alimente pas, que sa nourriture n’est pas adaptée à son espèce, qu’il porte une énorme masse de poils imbibés d’urine mélangés à de la litière et des excréments, et que ses griffes beaucoup trop longues et recourbées l’empêchent de marcher.

Elle l’emmène aussitôt chez le vétérinaire. Le verdict est choquant : en plus des problèmes “visibles”, Bambi présente des parasites (poux et acariens), ainsi qu’un abcès dentaire et une malocclusion des molaires l’empêchant de se nourrir correctement depuis plusieurs semaines. Le tout entraînant la formation de poches de gaz dans les intestins comprimant les organes vitaux (tympanisme)…

Le vétérinaire établit un certificat médical attestant que l’état de Bambi résulte de l’insuffisance de soins réguliers. Au bout d’une troisième visite, le vétérinaire suggère l’euthanasie, la seule solution pour abréger les souffrances de Bambi qui n’a même plus la force de tenir sa tête droite…

En essayant d’en savoir plus sur les conditions de vie de Bambi, la maman d’élève découvre que personne ne s’occupait réellement de l’animal. Ce cobaye, qui normalement est un animal social, était livré à lui-même dans une petite cage, et restait seul le soir à l’école. Pour le week-end et les vacances, il passait de famille en famille, ce qui était souvent vu comme une contrainte. Dans ces familles qui ne connaissaient pas forcément les besoins très spécifiques de de rongeur délicat, il ne mangeait que ce qu’on voulait bien lui donner.

En plus de la mort de celui-ci, cette histoire a eu des conséquences désastreuses. Le personnel de l’école, les parents d’élèves et la presse locale se sont alliés pour défendre l’institutrice responsable et il a même été conseillé à la famille de déménager… Cette histoire a permis de mettre en lumière les failles qui existaient au sein de l’Education Nationale en matière de maintenance d’animaux dans les classes. Espérons que les choses finiront par changer…

Marie-Sophie Germain

Auteur et journaliste spécialisée en Nouveaux Animaux de Compagnie
– 30 Millions d’Amis
– NAC Magazine (www.nac-magazine.com)
– Editions de Vecchi
– Editions Rustica/Fleurus